Ciné-critiques

LUMIÈRE ! L’aventure commence par Thierry Frémaux et Auguste Lumière. Film documentaire, 2016.
108 films « vues animées » de moins d’une minute (le temps d’une pellicule de 17 mètres) ont été choisis, restaurés et commentés, datant de la fin du 19°siècle.  C’est un festival inépuisable de créations, rangées en 11 parties dont l’usine, le comique, le théâtre, Longchamp, la famille, la ville de Lyon, le travail, plusieurs scènes de pêche, un aller-retour d’un petit bateau qui ne peut partir à cause des grosses vagues… tout est délicieux, réaliste et prenant. La rapidité des mouvements dûs aux techniques encore précaires du début du cinéma accentue le côté amusant de toutes les scènes et même de la sortie des usines quand un chien rapidement traverse.
Cependant, la justification des commentaires se pose :
Ils insistent surtout sur la mise en scène, comme si Lumière avait voulu absolument tout. Ils sont surabondants, durent le temps de chaque film et ne donnent pas au spectateur l’occasion de se sensibiliser directement aux images. Ils dirigent le regard, se veulent didactiques et analytiques mais on a quand même le temps de voir qu’ils se trompent. Non  ! il n’y a pas un seul personnage qui regarde la caméra mais deux à la fin d’une séquence. Non! la scène du travail sur le port n’est pas importante là où on nous le dit mais bien aussi sur les deux matelots inactifs immobiles contre ou sur un étonnant tas de sacs (pleins à craquer sans doute de céréales). Ils crèvent l’écran au milieu et sont à peine signalés.

L’envahissement de ces propos qui orientent les interprétations bloque le spectateur, d’autant que les films sont muets au départ…la voix off réactualise trop. Nous ne sommes pas dans une école de cinéma mais dans une salle. On rêve de le revoir sans le son, d’autant que dans la salle où je l’ai vu, il était trop fort et crevait aussi les oreilles…

Je conseille d’amener un casque avec une musique d’époque, piano pour films muets par exemple. Car la musique de Camille St-Sens reste en outre un mauvais choix, l’orchestre philharmonique ne se prête pas à ce genre de scènes, il est trop majestueux, les violons franchement incongrus…

Et donc ce choix, oui, en oblitérant tous les sons…dans les conditions premières d’écoute.

Le gros plan (le seul) de la petite fille qui nourrit un chat est innovant, touchant et beau. La ville de Lyon, ses calèches, tramways… un témoignage sur la ville.  Le film à l’envers permet la déconstruction/reconstruction d’un bout de mur paraît fait par un vidéaste d’aujourdh’ui… Une accumulation de femmes à chapeaux, longues robes, tailles ceintrées, tissus moirés, d’enfants à rubans, m’a séduite et l’on n’en finit pas d’admirer la photographie, les noirs, ces blancs brillants qui illuminent la pellicule…ça bouge beaucoup bien sûr, puisque les images se succèdent très vite, on a l’impression d’un foisonnement, d’une vie trépidante. Il n’y a pas de paysages, de nature, la caméra se pose devant le monde en action et n’a plus qu’à le filmer. Rien de zen donc, ça excite l’esprit…

critique de  FRANÇOISE FAVRETTO 16.04.2017